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                   K-Direct - Actualité

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France - Pourquoi la Corse sera bientôt indépendante

Publié le 6 Août 2016, 08:44am

On a du mal à arracher un avis sur la question aux hommes politiques corses. Souvent, ils se cachent derrière l'émotionnel, du factice ou des arguments spécieux pour éviter le débat. La raison est simple : si, il y a 40 ans, l'indépendantisme pouvait paraître utopique, il s'impose aujourd'hui comme la solution idéale pour résoudre les problèmes de la Corse. Au grand dam de ceux qui bénéficient personnellement de la dépendance.Au regard de la situation et de l'actualité internationale, les médias français ne s'y trompent pas : Canal +1, Le Monde2 ou encore France Inter3 l'ont mis au centre du débat ces dernières semaines.

Sur l'île de Beauté en revanche, les canaux de communication, tous contrôlés par des forces hostiles à l'indépendance, n'évoquent même pas la chose. Pourtant, sans qu'aucun sondage ne le confirme, il est clair que l'indépendantisme est en augmentation en Corse, et tout un tas de facteurs portent à croire que l'aboutissement de cette vieille revendication devenue, le croyait-on, serpent de mer, n'est pas si lointaine. N'en déplaise aux chefs politiques actuels dont les privilèges sont consubstantiels à la dépendance vis-à-vis d'un Etat démissionnaire.

Pronostiquer l'indépendance de la Corse pour les 10 ou 15 ans à venir, est une chose. Mais expliquer pourquoi l'île larguera bientôt les amarres de l'hexagone, en est une autre. Voilà donc les raisons qui feront que la Corse formera bientôt un Etat-nation européen, comme beaucoup d’îles voisines. Parce que même s'ils ne se l'avouent pas tous, de plus en plus de Corses le désirent

En 1975, au moment des événements d'Aleria (événement fondateur du nationalisme corse tel qu'on le connaît aujourd'hui), 2% des Corses souhaitaient l'indépendance de l'île. En 2012, nous étions passés à 18%. Et les nationalistes ont réalisé 35% des voix aux élections territoriales de 2010. La courbe est claire. Aussi claire que le chant qu'entonnent les 30 000 Corses (de toutes tendances politiques et de toutes origines) réunis au Stade de France pour une finale Bastia-Paris en avril 2015 : "On n'est pas français".

On ne peut plus explicite, et pour le coup, on peut dire que ça sort du cœur. Parce qu'économiquement, cela serait très profitable à la Corse.Attention terrain glissant. Dans les cerveaux mal informés, mal irrigués ou malhonnêtes, flotte l'idée que la Corse est une île "sous-perfusion".

Et puis il y a la réalité. Globalement, Corse donne plus à la France qu’elle ne reçoit. Nous en faisions la preuve dans le fameux article "Sans la France, la Corse ne vivrait que de chataignes", en 2013. On peut désormais rajouter que la courbe « grands impôts perçus / dotations de l’Etat » s’est gravement creusée ces dernières années. En gros, si les impôts prélevés localement ne partaient pas à Paris et étaient perçus par la collectivité locale, il n’y aurait plus besoin d’un seul centime de dotation de la part de l’Etat. Et la Corse ferait même un large bénéfice dans cette transaction. De plus, la Corse est le 3ème contributeur le plus généreux de France au classement du poids des impôts dans le revenu disponible, alors même que les prestations sociales sont moins importantes qu’ailleurs.

Enfin, sur la période 2004-2012, la Corse est la région de France qui subit la plus forte pression fiscale (+77,4%, lagement devant la seconde région, Aquitaine, à… +44,3%).7 Enfin, les dotations européennes, elles, seraient certainement mieux réparties et plus généreuses puisque la Corse pourrait négocier elle-même en tant qu’Etat, avec 6 élus au parlement européen, contre zéro actuellement n’étant considérée que comme une partie de la région « sud-est » de la France.Parce que les décisions prises à Paris sont de plus en plus éloignées des préoccupations locales.

En 250 ans de gestion, on ne peut pas dire que la France ait brillé en Corse. Sans parler de la période de conquête où l’île n’était plus qu’un charnier à ciel ouvert, la suite s’est avérée particulièrement catastrophique. Les lois douanières de 18188 ont détruit durablement toute production sur l’île, la SOMIVAC a donné un quart de la terre Corse aux pieds-noirs dans les années 60, et tous les plans de développement n’avaient que deux destinées : le tout-tourisme et l’aspect « base militaire ».

La Corse ne devait pas s’émanciper, ne rien produire et rester dépendante. Mais aujourd’hui on va plus loin : les Corses, par le biais de leurs élus, votent des mesures importantes sur le plan du foncier, de la langue ou de la fiscalité, et au nom d’une constitution prétendument immuable, les ministres refusent. Quelle solution reste-t-il sinon l’indépendance ? Parce que concrètement, chaque jour, la Corse paye le prix de la dépendance C’est l’histoire d’une bactérie tueuse de plantes, née en Amérique et qui ravage l’Italie du sud. Elle peut détruire plus de 80% du couvert végétal corse si elle y pénètre, et tuer l’île à petit feu. Une souche est découverte dans le sud de la Corse en juillet 2015. L’Etat est le seul acteur public apte à prononcer une interdiction totale de l’import de végétaux venant du continent (toutes provenances confondues). C’est la seule mesure capable d’endiguer le fléau et de combattre la bactérie sur place en attendant que l’on puisse traiter les plantes infectées ou désinsectiser la zone. Mais l’interdiction ne tombe pas. Les jours passent, la colère gronde, la bactérie se propage. Les élus de la Corse sont unanimes, mais le préfet ne bouge pas.

Toute la Corse est désormais menacée, à cause d’une signature sur un papier qui n’est pas arrivée à temps. Si la Corse était indépendante, au regard de la gravité de la situation –difficilement appréciable par un fonctionnaire muté tous les deux ans- la décision aurait été prise dans l’heure. On peut parler aussi du scandale de la SNCM (70% des bénéfices produits en Corse et seulement 14% d’employés corses), ou de la gestion désastreuse des hôpitaux par le ministère de la santé… Comparons encore le taux d’élucidation des meurtres avec celui du continent (et qu’on ne me parle pas d’omerta à l’heure où l’on utilise l’ADN et le GPS). Dans tous ces secteurs, l’Etat est défaillant, tout simplement parce que des parisiens qui n’ont aucune connaissance de cette île sont inaptes à décider de ce qui sera bon ou pas pour elle. Et c’est encore pire si ils y mettent de la mauvaise volonté. Parce que l’indépendance s’inscrit dans un grand mouvement international52 députés sur 56. Voilà le score réalisé par les indépendantistes écossais aux dernières élections. 80%. Voilà le nombre de Catalans désirant l’indépendance pleine et entière, à la dernière consultation publique en novembre 2014. Ces deux nations voteront bientôt à nouveau pour leur indépendance et le oui est inévitable. Au Pays Basque, les nationalistes bien que divisés représentent 55% du parlement.

La Corse se situe dans cette logique. Le XIXe siècle a été le siècle de formation des grands Etats-Nation, le XXe a été celui des autonomies régionales, le XXIe siècle est celui des indépendances. C’est le sens de l’histoire, c’est la marche logique des choses, et ni Valls, ni Lebranchu, ni dédédu53 ne pourront l’arrêter.Parce qu’ailleurs, et dans des endroits identiques, ça marche.Malte, 400 000 habitants, île méditerranéenne indépendante. PIB : 21500€/hab. Devant la France au classement des démocraties. Déficit public annuel inférieur à celui de la France. Indépendante depuis 1964. 6 députés européens.Islande : 320 000 habitants, île nordique volcanique. PIB : 26 800€/hab. 2ème pays à l’indice de démocratie le plus élevé. A su faire face à la crise et aux banquiers prédateurs, et est désormais un exemple dans le monde entier.

À noter que ces deux îles ne possèdent même pas le dixième des ressources naturelles et climatiques de la Corse. Alors ? 10Parce que personne n'a d'argument contre à part la désinformation fielleuse d'un certain nombre de nostalgiques de Vichy ou de l'Algérie française, aucun politique digne de ce nom n'a jamais réussi à pondre un argumentaire chiffré, convaincant et inattaquable contre l'indépendance. De plus, parmi les hommes et femmes politiques insulaires, les seuls qui s'affichent ouvertement contre cette idée sont ceux qui héritent du pouvoir (et des privilèges qui vont avec) depuis des décennies, en collaboration avec Paris.

Pas étonnant, non plus, dans cette optique, que les médias locaux fassent comme s'il s'agissait d'une chimère... Parce qu’historiquement et culturellement, c’est d’une logique implacable.Cet argument était le seul, il y a 40 ans. Aujourd’hui, il intervient en bout de liste, comme une cerise géante sur le gâteau.

Soyons donc moins concrets sans tomber dans le prosaïsme : L’aire culturelle de la Corse est latine, italique. La langue vernaculaire est un dérivé du toscan. Les coutumes, les traditions, l’organisation sociale sont bien plus proches de la botte ou de la péninsule ibérique que de la Picardie ou de la Normandie. Avant la France, la Corse était indépendante, après avoir été génoise et pisane. Si les 10 000 années d'histoire de la Corse (depuis qu'elle est habitée) étaient ramenés à une journée de 24h, la Corse aurait été française de 23h57 à minuit.

Vu sur le Club Mediapart

France - Pourquoi la Corse sera bientôt  indépendante

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